Quand l’art et la sociologie se rencontrent : les femmes autochtones disparues et assassinées

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Le dimanche 5 mai a eu lieu une performance de Marie-Andrée Boudrias, une étudiante en art de l’UQAT et enseignante à la retraite. Lors de cette performance, s’inscrivant en continuité avec une performance précédente portant sur les préjugés des non-Autochtones envers les Autochtones, il était question des femmes et filles autochtones disparues et assassinées, et plus précisément de deux jeunes femmes, Maisy Odjick et Shannon Alexander, toutes deux portées disparues en 2008. Dans ses œuvres, l’intention de Marie-Andrée «est de placer l’auditoire en contact avec la réalité des impacts du colonialisme de peuplement exercé au Canada sur les peuples premiers et de contrer l’apathie et la cécité des Allochtones face à la vulnérabilité des femmes autochtones».

De fil en aiguille, et partant de leur sensibilité commune pour la situation des femmes autochtones disparues et assassinées, Marie-Andrée et Geneviève, professeure de sociologie au CCML, se sont rencontrées. Elles ont convenu de faire participer les étudiant.e.s du cours de sociologie, sensibilisé.e.s à la situation des femmes et filles autochtones, à l’œuvre de Marie-Andrée. Les étudiant.e.s ont alors produit des réflexions en classe sur cette thématique qui ont permis à Marie-Andrée de construire une partie de son œuvre.

Après avoir lu les courts textes des étudiant.e.s, Geneviève a aussi rédigé un texte, qui a été lu lors de la performance du 5 mai :

«C’est dans une librairie que j’ai trouvé, un peu par hasard, le livre d’Emmanuelle Walter, Sœurs volées. Enquête sur un féminicide au Canada. Étant sensible à tout ce qui touche les femmes autochtones – mon mémoire de maîtrise portait sur les femmes en situation d’itinérance et ma thèse de doctorat, en cours, porte sur les femmes en situation de vulnérabilité -, je l’ai acheté et lu… en une soirée. Ce livre m’a profondément touchée, bouleversée, choquée. Je l’ai lu trois fois, et j’en retire une lecture toujours différente. J’ai l’impression de découvrir l’histoire de Maisy et Shannon pour la première fois à chaque fois…

Je l’ai proposé comme lecture obligatoire à des étudiant.e.s de sciences humaines, inscrit.e.s au deuxième cours de sociologie, dans lequel nous abordons des problèmes sociaux : des classiques, dont la pauvreté, la violence, ou des problèmes sociaux un peu moins discutés mais toutefois bien documentés, dont celui des femmes autochtones disparues et assassinées, un problème social qui se passe au Canada, tout près – si près – de nous.

Au moment où je leur présente le livre, la forte majorité ne sait pas qui sont Maisy et Shannon – tout comme moi, dois-je l’admettre, avant la lecture du livre d’Emmanuelle Walter -, ce qui donne tout le sens au livre… À tous les cours, nous avons discuté, par tour de parole, de l’histoire de Maisy et Shannon. Les étudiant.e.s ont produit une réflexion sur le livre et un documentaire que nous avons visionné en classe, Ce silence qui tue, dans lequel il est entre autres question des pensionnats.

Après la lecture de leurs réflexions portant sur les femmes autochtones disparues et assassinées, je sais que les étudiant.e.s partagent ma colère pour l’indifférence, le silence, de même que mon empathie pour ces femmes autochtones et leurs proches.

La lecture de leurs réflexions me «réconforte», si on peut le dire ainsi, car ils ressentent les mêmes choses que j’ai ressenties quand j’ai lu le livre. À la lecture de ce livre, on ne peut faire autrement que d’être touché par l’histoire de toutes ces femmes et encore plus par les histoires de Maisy et Shannon que l’on connaît mieux, parce que c’est le fil conducteur du livre. Je pense ainsi que toute personne qui lira ce livre aura le même sentiment que moi, que nous, en classe… Il faut en parler, conscientiser, et pour moi, un groupe-cours à la fois…».

Un petit moi pour remercier les étudiant.e.s finissant.e.s en sciences humaines d’avoir participé à cette œuvre, de même que Marie-Andrée Boudrias, qui a fait en sorte que les réflexions des étudiant.e.s puissent sortir des «murs de [notre] classe», comme elle l’écrivait dans un courriel.  

 

Texte de Geneviève Desjardins